INTIME ÉTRANGER

 

Un film de Xavier Dancausse

« Un homme n'est qu'un poste d'observation perdu dans l'étrangeté. Tout à coup, il s'avise d'être plongé dans le non-sens, et toute chose lui apparaît étrangère. » Paul Valéry

Portrait du peintre japonais Hitoshi Mori.

« A man is only an observation post, lost in strangeness. Suddenly, he realises to be plunged in nonsense, and everything seems foreign to him. » Paul Valéry

The portrait of Japanese painter Hitoshi Mori.

Générique

INTIME ÉTRANGER
2011 - HDV - 16/9 - 51 minutes
Langue parlée: Japonais
Sous-titres: Français, Anglais
Un film de XAVIER DANCAUSSE
Un production de LA MOUETTE MÉTALLIQUE FILMS
Produit par MAIXENT DANCAUSSE
En collaboration avec HITOSHI MORI
Prise de son : AKIRA SEKIHARA MAIXENT DANCAUSSE
Collaborations : SEI ITO BERTRAND DELOBBE BENOîT PUPIER
Traductions : YUKI DANCAUSSE AYA HAMADA
Musique originale de XAVIER DANCAUSSE
Avec : HITOSHI MORI EIKO HAYASHI DR.YUKIO KOBAYASHI MINORU HORIUTI KUNIKO TOOYAMA IKUO SHIOZAKI YUTAKA GONDA SHINOBU KOIKE
Remerciements : Centre anti-cancer de Tokyo - Dr. KOBAYASHI, Galerie Bouquinerie de l'institut - Mr. et Mme LEBOUC, Centre des monuments nationaux, Mairie de Carnac - Mr. GRALL, Art Sanjo - Mme YUKIE MATSUMOTO MORIN
Lieux de tournage: CARNAC, SAKAKI, TOKYO, PARIS, UEDA, NAGANO.
DATES DE TOURNAGE : 2006 - 2011

 
  1. Déambulation Xavier Dancausse
  2. Flashback XavierDancausse
  3. Montagnes Xavier Dancausse
  4. Exposition Xavier Dancausse
  5. Jardin Xavier Dancausse
  6. Herbes & Pierres Xavier Dancausse

Intentions

"Dans ce film, j'ai voulu mélanger deux tendances du cinéma documentaire habituellement opposées. D'un côté, le mal nommé "cinéma-vérité" qui propose au spectateur de vivre en direct les situations, et où la caméra cherche à se faire oublier. De l'autre, ce que j'appelle "l'essai" et que je conçois comme la mise en avant de la subjectivité du réalisateur par l'utilisation de procédés venant s'ajouter au dessus du réel capturé. Quand le cinéma-vérité semble signifier à son insu, l'essai se pavane...

Ce sont les toiles de Mori qui m'ont guidé vers cette recherche. Face à elles, je me suis trouvé à la fois subjugué par la précision et le réalisme des textures minérales, et intimement happé par l'anxiété qui s'en dégageait. Un réel bien présent suintant l'affect.

Tout au long des quatre années au fil desquelles s'est déroulé le tournage j'ai lutté pour capter des moments sur le vif. Mais à la différence de mes précédents films où la caméra réussissait à se faire oublier en se posant dans des endroits grouillant; cette fois mon sujet était un peintre seul. La caméra (et les micros) au beau milieu de son intimité. Une situation nouvelle pour moi. Ma présence devenait beaucoup plus intrusive. D'où de fréquents « C'est bon, on peut commencer ? » de sa part, que je ressentais comme autant d'échecs successifs de ma tentative de non-perturbation. Au risque de ne capter qu'une représentation permanente, je filmais quand même. Et plus le temps passait moins je trouvais la situation problématique. Le réel reprenait-il le dessus ? Nous installions-nous peu à peu dans une représentation commune ? Cette représentation ne devenait-elle pas notre réel, notre réalité de tournage ? J'ai souhaité mettre en évidence cet aspect en rendant visible le dispositif de tournage dans le film.

Sa maladie m'était connue dès le début. Mori voulait qu'on le suive à l'hôpital. Qu'on y fasse allusion. Comme s'il la narguait. J'interprète d'ailleurs ce malheur comme la cause principale de son geste artistique intense mais tardif. Comme si au lieu de se laisser démolir par la perspective de la mort, Mori redoublait d'énergie dans un combat symbolique contre le néant. D'ailleurs j'ai souvent eu l'impression d'être le spectateur d'une lutte à mort lorsqu'il se mettait à peindre. Notamment face à ces violentes projections de peinture sur le blanc béant de la toile. Notre caméra devenait le témoin de ce combat tout en l'obligeant à le mener coûte que coûte.

Le titre du film - Intime Étranger - résume pour moi le combat installé aux différents niveaux du projet. La maladie soudaine. Les toiles si précises et si lointaines. Le tournage perturbant...etc. Par la cohabitation des tendances "vérité" et "essai", la forme de ce film voudrait s'en faire l'écho." X.D.

Genèse

J'ai fait la connaissance d'Hitoshi Mori il y a peu, en automne 2006. Par le biais d'un ami commun, il m'avait demandé de réaliser une vidéo pour sa première exposition personnelle d'envergure, repoussée depuis. Je ne connaissais rien de lui mais nous voilà déjà en Bretagne, à Carnac justement, au milieu d'un champ de pierres dressées. Avant l'aube, nuit noire, un froid de Celtes. Lui, accumulant les croquis contours et ombres sous la pleine lune, et déclamant des tirades à destination des étoiles ; moi, invectivant une caméra peu sensible aux faibles intensités.

L'aube fit le reste. Les bleutés de la brume rasante, les orangés des premiers rayons, la clarté éblouissante d'un matin d'automne. Transporté, je filmai cet homme que les contre jours découpaient sur des fonds monochromes.
La veille, dans le train, il m'avait raconté que trente ans plus tôt, il avait eu une révélation quasi-mystique devant ces pierres dressées ; j'en expérimentais une à mon tour devant ce peintre mi-homme mi-pierre, apparaissant, disparaissant...

Pour moi, le désir d'un film naît d'une image-clé. Souvent produite par la conjonction entre ce que je sais d'un homme et le contexte spatial dans lequel il m'apparaît. Le déclic se produisit ce matin là avec Hitoshi Mori, sans que je ne sache rien de sa vie.

Il me fallait donc apprendre à le connaître. Les jours qui suivirent, il devait les passer à Paris, sans emploi du temps précis. J'allais donc le retrouver à plusieurs reprises. Nous discutâmes longuement de ses oeuvres, de son passé, du milieu de la peinture au Japon, en France. Je le trouvais toujours bienveillant derrière de larges lunettes d'employé modèle. Tout d'un bloc, les yeux constamment à la recherche de nouveaux motifs, mélange d'illumination et d'autodérision. Et malgré mon japonais hésitant, le courant passa.
J'appris qui il était : son passé incroyable d'artisan lithographe, son atelier dans les montagnes de Sakaki, sa position en porte-à-faux. Qu'il avait passé sa vie dans l'ombre des grands maîtres. Qu'il avait étouffé son oeuvre pour produire celle des autres. Mais qu'à 60 ans il s'y attelait enfin nourri par une révélation de jeunesse : les mégalithes.

Il me conduisit alors rue du Bac, à l'arrière d'une galerie où une relation du temps de ses lithographies monumentales l'avait autorisé à entreposer des toiles témoins. Ce fut de nouveau une grande émotion pour moi. Ces alignements de Carnac, cent fois photographiés m'éblouirent comme ce matin à Carnac. Un mélange de confusion, de mystère. Il avait réussi à rendre ce côté immense des inconnus passés. Des pierres que j'avais filmées en plan large, il n'avait retenu qu'un détail. Ses oeuvres refusaient l'ensemble visuellement très spectaculaire et se contentaient d'un morceau à priori anodin, en intensifiant la valeur jusqu'à le rendre aveuglant. Je lui fis part de mon émotion de novice, il acquiesça d'une courbette polie.

Je me plongeais ensuite dans le montage de notre vidéo, celle de Carnac. Un peu déçu par ce que j'avais filmé, comparé à ce que lui avait produit. Plus j'y réfléchissais, plus je me disais qu'il fallait réaliser un portrait plus dense de cet homme. Cette vidéo n'était qu'un morceau initial, qui demandait à être retravaillé et intégré à un portrait reliant son geste actuel à la trajectoire de sa vie.

Je me rendis finalement chez lui, à Sakaki, dans les montagnes à l'ouest de Tokyo. A vrai dire, je séjournais dans la chambre d'accueil de son atelier par deux fois. Une première fois, à l'aller, pour lui remettre la vidéo de notre aube à Carnac ; une seconde fois à mon retour d'Hokkaido, où j'étais allé présenter mon film Le Poids de la Neige (déjà sur le Japon). Je découvris qu'en plus de peindre, il s'occupait d'une ferme de quinze hectares. Je le vis piocher tel le paysan idéalisé de la société japonaise. Une autre image-clé, dont je n'avais plus besoin. J'avais en effet déjà décidé de lui demander l'autorisation de réaliser son portrait cinématographique. Restait à trouver le bon ton et le bon moment...

La veille de mon départ, je repoussais encore. Quelques tirades qu'il avait eues sur la profondeur absente des programmes télévisés, ou sur son insatisfaction vis à vis des reportages que l'on avait faits sur lui, me rebutaient. Le soir arriva sans qu'ait été prise la moindre initiative de ma part. Rien. Le lendemain, il refusa que je prenne le train, et m'accompagna à Narita, aéroport de Tokyo. Je récupérais ma carte d'embarquement et me lançais enfin. Je lui demandais dans un japonais approximatif une autorisation de sa part. Il grimaça, sans répondre...

Les 12 heures de vols s'écoulèrent sans euphorie. Monsieur Mori avait apprécié le film que l'on avait fait à Carnac, j'étais venu pour ça, c'était donc une réussite... Quant à son portrait, c'était peut-être un peu compromis ; je pensais retourner à l'assaut par téléphone et mail interposés, sans grand espoir. Toujours ce problème d'autorisation. Or quand je débarquais enfin à Paris, une troisième image-clé m'attendait... Sonore celle-ci. Sur mon répondeur, j'entendais une voix lointaine et hésitante qui articulait dans un français approximatif : " Xavier san, bon voyage, né ? Ano... nous... quand commencer... film...kitte kudasai...onegaiishimasu... "

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